La densité médicale est le premier critère oublié des classements immobiliers. Pourtant, quand on s'installe dans une nouvelle ville, trouver un médecin traitant rapidement fait la différence entre un déménagement réussi et un calvaire administratif. Nous avons analysé les données RPPS (Répertoire Partagé des Professionnels de Santé) pour identifier les 20 villes où l'accès aux soins est le meilleur.
Comment nous mesurons l'accès aux soins
L'accès aux soins ne se résume pas au nombre de médecins. Notre score santé croise plusieurs indicateurs pour chaque commune.
Ratio médecins généralistes / 10 000 habitants
L'indicateur le plus parlant. La moyenne nationale s'établit à 18,2 médecins généralistes pour 10 000 habitants. Au-dessus de 25/10 000, l'accès est considéré comme bon. En dessous de 10/10 000, on parle de désert médical. Nos données proviennent du RPPS, mis à jour chaque trimestre.
Spécialistes : dentistes, ophtalmos, kinés
Les délais pour un rendez-vous chez un dentiste ou un ophtalmologue sont souvent le premier signe d'un territoire sous-doté. Nous comptabilisons le nombre de spécialistes par commune, rapporté à la population.
Hôpitaux et urgences
Avoir un service d'urgences à moins de 30 minutes est un critère non négociable pour beaucoup de familles et de retraités. Notre base recense les hôpitaux et les services d'urgences par commune.
Le top 20 des villes les mieux dotées en professionnels de santé
Voici les vingt villes de plus de 20 000 habitants qui affichent le meilleur ratio de médecins et le meilleur accès global aux soins.
Médecins : 36,8/10 000 — 144 généralistes, 259 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 10/10 — Prix maison : 3 790 €/m²
Médecins : 36,5/10 000 — 84 généralistes, 151 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 10/10 — Prix maison : 2 295 €/m²
Médecins : 36,3/10 000 — 201 généralistes, 342 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 10/10 — Prix maison : 6 587 €/m²
Médecins : 35,9/10 000 — 226 généralistes, 362 spécialistes, 3 hôpitaux — Score santé : 10/10 — Prix maison : 4 308 €/m²
Médecins : 34/10 000 — 159 généralistes, 254 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 2 213 €/m²
Médecins : 33,8/10 000 — 97 généralistes, 155 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 3 120 €/m²
Médecins : 33,3/10 000 — 59 généralistes, 106 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 4 042 €/m²
Médecins : 33,2/10 000 — 633 généralistes, 1 076 spécialistes, 9 hôpitaux — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 3 760 €/m²
Médecins : 33,2/10 000 — 49 généralistes, 88 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 3 178 €/m²
Médecins : 32,8/10 000 — 71 généralistes, 107 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 4 762 €/m²
Médecins : 32,6/10 000 — 100 généralistes, 160 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 4 528 €/m²
Médecins : 31,9/10 000 — 188 généralistes, 320 spécialistes, 3 hôpitaux — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 3 233 €/m²
Médecins : 31,9/10 000 — 95 généralistes, 162 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 2 508 €/m²
Médecins : 31,8/10 000 — 150 généralistes, 240 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 9,9/10
Médecins : 31,7/10 000 — 120 généralistes, 192 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 1 400 €/m²
Médecins : 31/10 000 — 135 généralistes, 230 spécialistes, 2 hôpitaux — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 2 908 €/m²
Médecins : 30,7/10 000 — 60 généralistes, 102 spécialistes, 1 hôpital — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 1 097 €/m²
Médecins : 30,4/10 000 — 29 généralistes, 46 spécialistes — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 1 469 €/m²
Médecins : 30/10 000 — 56 généralistes, 97 spécialistes — Score santé : 9,9/10 — Prix maison : 1 966 €/m²
Médecins : 28,6/10 000 — 225 généralistes, 362 spécialistes, 3 hôpitaux, 2 urgences — Score santé : 9,8/10 — Prix maison : 2 131 €/m²
Les CHU (centres hospitaliers universitaires) tirent les villes vers le haut. Caen, Toulouse, Rouen et Angers bénéficient de la présence d'un CHU qui attire les médecins spécialistes. Autant dire que la formation médicale est un moteur direct de la densité de soins.
Les déserts médicaux : 25 071 communes sous-dotées
Sur environ 34 800 communes de France métropolitaine, 25 071 sont classées en zone sous-dotée par l'Assurance Maladie. Cela signifie que plus de 70 % des communes françaises manquent de médecins.
Le problème est structurel : les jeunes médecins s'installent en priorité dans les villes universitaires et les métropoles. Le milieu rural et les petites villes peinent à attirer et retenir les praticiens, malgré les aides à l'installation (exonérations fiscales, primes, bourses).
Carte : la fracture sanitaire française
La carte des ratios médecins dessine une France à deux vitesses :

- Arc atlantique — De Brest à Bayonne, les villes côtières attirent les médecins. Quimper, La Rochelle, Bayonne affichent des ratios supérieurs à 32/10 000.
- Couloir méditerranéen — Aix-en-Provence, Montpellier, Perpignan : la concentration de CHU et le cadre de vie attirent les praticiens.
- Diagonale du vide — Des Ardennes au Massif Central, les ratios tombent souvent sous 12/10 000. Ce sont les véritables déserts médicaux.
Consultez notre classement interactif de l'accès aux soins pour comparer n'importe quelle commune.
Accès aux soins et retraite : un critère à ne pas négliger
Les retraités représentent une part croissante des personnes qui déménagent. Leur premier critère ? L'accès aux soins. Un ensoleillement élevé perd tout intérêt si le médecin le plus proche est à 40 minutes de route.
Dans notre top 20 santé, plusieurs villes combinent un bon accès aux soins et un cadre de vie attractif pour les retraités :
- Pau — 31,9 médecins/10 000, climat doux (Pyrénées), 2 508 €/m²
- Perpignan — 34 médecins/10 000, 2 693 h de soleil, 2 213 €/m²
- Albi — 30 médecins/10 000, 2 408 h de soleil, 1 966 €/m²
Pour un guide complet, consultez notre guide retraite qui pondère le score santé à x2 pour refléter les priorités des seniors.
Accès aux soins et prix immobilier : un lien surprenant
Les données révèlent une corrélation positive entre densité médicale et prix immobilier. Les villes CHU (Aix-en-Provence, Toulouse, Caen) affichent des prix supérieurs à 3 500 €/m². Mais il existe des exceptions précieuses :
- Roubaix — 31,7 médecins/10 000 et un prix maison de 1 400 €/m². Le ratio qualité-soins/prix le plus favorable de France pour une ville de 98 000 habitants.
- Saint-Quentin — 30,7 médecins/10 000 et un prix maison de 1 097 €/m². Le tarif le plus bas du top 20.
- Montbéliard — 30,4 médecins/10 000 et un prix maison de 1 469 €/m².
Autant dire que qualité médicale et prix bas ne sont pas incompatibles — mais il faut chercher en dehors des métropoles de rang 1.
Questions fréquentes
Quelle ville de France a le plus de médecins par habitant ?
Parmi les villes de plus de 20 000 habitants, Caen arrive en tête avec 36,8 médecins pour 10 000 habitants — soit le double de la moyenne nationale (18,2). Quimper (36,5) et Aix-en-Provence (36,3) complètent le podium. La présence d'un CHU est le facteur déterminant.

Combien de communes sont en désert médical ?
Plus de 25 000 communes sur environ 34 800 en métropole sont classées en zone sous-dotée, soit plus de 70 % du territoire. Cela ne signifie pas qu'il n'y a aucun médecin, mais que la densité est insuffisante par rapport aux besoins de la population.
Y a-t-il des villes avec beaucoup de médecins ET des prix bas ?
Oui. Roubaix (31,7 médecins/10 000, 1 400 €/m²), Saint-Quentin (30,7 médecins/10 000, 1 097 €/m²) et Montbéliard (30,4 médecins/10 000, 1 469 €/m²) combinent une excellente couverture médicale et des prix très inférieurs à la moyenne nationale.
Le score santé tient-il compte des hôpitaux ?
Oui. Notre score santé intègre le nombre de médecins généralistes, de spécialistes, de dentistes, de pharmacies, d'hôpitaux et de services d'urgences. La présence d'un service d'urgences bonifie significativement le score.
La situation va-t-elle s'améliorer dans les déserts médicaux ?
La tendance à court terme reste défavorable. Le numerus clausus a été supprimé, mais il faudra attendre une décennie pour que les nouveaux médecins s'installent. Les maisons de santé pluriprofessionnelles et la télémédecine apportent des solutions partielles, mais ne remplacent pas un praticien sur place.
Comment vérifier la couverture médicale de ma future ville ?
Consultez la fiche ville sur notre site : chaque commune affiche le nombre de médecins, le ratio pour 10 000 habitants, le nombre d'hôpitaux et la classification désert médical. Vous pouvez aussi utiliser notre trouveur de ville en filtrant par score santé minimum.
La répartition géographique des médecins en France
La France compte environ 230 000 médecins en exercice (généralistes et spécialistes confondus). Mais leur répartition sur le territoire est très inégale. Les études de l'IRDES (Institut de Recherche et Documentation en Économie de la Santé) montrent trois facteurs déterminants dans le choix d'installation des médecins :
- La présence d'un CHU ou d'un centre hospitalier. Les médecins formés dans un CHU s'installent majoritairement dans la même ville ou la même région. C'est pourquoi Caen, Toulouse, Rouen et Angers, toutes dotées d'un CHU, dominent notre classement.
- Le cadre de vie. Les villes du littoral atlantique (Quimper, La Rochelle, Bayonne) attirent les médecins par leur qualité de vie. Le soleil seul ne suffit pas — le littoral méditerranéen est certes ensoleillé, mais souvent saturé en praticiens dans les grandes villes et désert dans l'arrière-pays.
- Le conjoint. L'emploi du conjoint est cité comme le premier frein à l'installation en zone rurale. Les villes moyennes avec un bassin d'emploi diversifié (administration, services, industrie) retiennent mieux les médecins que les petites villes mono-activité.
Les spécialistes : un indicateur encore plus parlant
Si les médecins généralistes sont inégalement répartis, les spécialistes le sont encore plus. Les délais d'attente pour un rendez-vous chez un ophtalmologue dépassent 6 mois dans certains départements (Aisne, Creuse, Haute-Marne). Pour un dermatologue, 4 à 8 mois d'attente sont courants hors des grandes villes.
Dans notre top 20, les villes les plus riches en spécialistes sont celles dotées d'un CHU ou d'un grand centre hospitalier :
- Toulouse — 1 076 spécialistes pour 514 819 habitants
- Villeurbanne — 362 spécialistes (profite de la proximité de Lyon)
- Aix-en-Provence — 342 spécialistes
- Angers — 320 spécialistes
- Caen — 259 spécialistes
Les villes moyennes sans CHU (Perpignan, Saint-Quentin, Montbéliard) disposent d'un nombre de spécialistes suffisant pour les consultations courantes, mais les actes très spécialisés (neurochirurgie, cancérologie de pointe) nécessitent un déplacement vers le CHU le plus proche.
Télémédecine : une solution partielle
La télémédecine s'est développée depuis la crise sanitaire. Les téléconsultations permettent d'accéder à un médecin généraliste ou spécialiste à distance. Mais cette solution a ses limites :

- Pas d'examen clinique possible (palpation, auscultation, prise de sang)
- Pas de prescription de certains médicaments sans consultation physique préalable
- Connexion internet stable nécessaire (fibre recommandée)
- Ne remplace pas un service d'urgences en cas d'accident ou de crise aiguë
La télémédecine est un complément, pas un substitut. Pour les actes courants (renouvellement d'ordonnance, avis dermatologique par photo, suivi de traitement), elle réduit les délais. Pour tout le reste, la présence physique d'un médecin reste indispensable — ce qui rend notre classement d'autant plus pertinent pour ceux qui préparent un déménagement.
Consultez notre carte des déserts médicaux pour identifier les zones à éviter, et notre page thématique retraite pour croiser santé et climat.
Le numerus clausus et ses conséquences
Pendant des décennies, le numerus clausus a limité le nombre d'étudiants en médecine admis en deuxième année. Fixé à environ 3 500 places dans les années 1990 (contre 8 500 dans les années 1970), il a créé un déficit structurel de médecins dont la France paie encore les conséquences.
La réforme des études de santé de 2020 a supprimé le numerus clausus et introduit le numerus apertus — un objectif de formation défini par les universités en fonction des besoins territoriaux. Mais les effets ne se feront sentir que progressivement : il faut 9 à 12 ans pour former un médecin généraliste, 12 à 15 ans pour un spécialiste.
En attendant, la pyramide des âges joue contre les territoires ruraux : les médecins qui partent à la retraite ne sont pas remplacés. Un généraliste de 62 ans dans une petite ville du Cantal qui ferme son cabinet laisse 1 500 patients sans médecin traitant. C'est un scénario qui se répète des centaines de fois chaque année.
Les dispositifs d'aide à l'installation
Face à la pénurie, les pouvoirs publics multiplient les incitations :
- CESP (Contrat d'Engagement de Service Public). L'étudiant en médecine reçoit une allocation de 1 200 €/mois pendant ses études en échange d'un engagement à s'installer en zone sous-dotée pendant un nombre d'années équivalent. Environ 800 contrats sont signés chaque année.
- Exonérations fiscales. Les médecins qui s'installent en zone de revitalisation rurale (ZRR) bénéficient d'une exonération d'impôt sur les bénéfices pendant 5 ans, puis dégressive sur 3 ans.
- Maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP). Plus de 2 000 MSP fonctionnent en France. Elles regroupent médecins, infirmiers, kinés et pharmaciens dans un même lieu, mutualisant les coûts et améliorant l'attractivité du territoire.
- Aides des collectivités locales. Certaines communes financent le local, le logement ou le matériel du médecin pour l'attirer. Les montants varient de 10 000 à 50 000 €. L'efficacité est variable : le conjoint et le cadre de vie restent les premiers critères des jeunes médecins.
Ces dispositifs fonctionnent partiellement. Les zones les plus attractives (littoral, métropoles, villes universitaires) n'en ont pas besoin. Les zones les plus en difficulté peinent à attirer malgré les aides. La solution passe probablement par une régulation plus forte de l'installation — un sujet politiquement sensible.
Pharmacies : un indicateur complémentaire
Les pharmacies sont souvent oubliées des classements santé, alors qu'elles jouent un rôle croissant dans le système de soins. Depuis la loi Rist, les pharmaciens peuvent renouveler certaines ordonnances, vacciner et réaliser des tests de dépistage.
Dans notre top 20, les pharmacies sont bien représentées : Toulouse (180 pharmacies), Villeurbanne (59), Aix-en-Provence (46), Caen (33). Pour les retraités sous traitement chronique, la proximité d'une pharmacie est aussi importante que celle d'un médecin.
Source : RPPS (Assurance Maladie), INSEE, DVF (DGFiP) — Licence Ouverte 2.0.